Photo : VC - CES 2018

07.06.2018

Voyage des Gens du Voyage aux Saintes-Maries de la Mer - 17 au 25 mai 2018

Sainte Sara, Patronne des Gitans

Plus de mille caravanes venues des quatre coins de l’Europe avaient fait le voyage pour participer à l’événement et rendre hommage à Sainte Sara, Patronne des Gitans.  De Suisse, ce sont une douzaine de familles yéniches qui ont fait le déplacement, du Tessin, de Suisse allemande et de Suisse romande.

Christoph Albrecht, père jésuite et aumônier national et Aude Morisod, coordinatrice et agente pastorale, tous deux de l’Aumônerie catholique suisse des Gens du Voyage, étaient également présents. Ce fut une belle occasion de resserrer les liens entre tous et de vivre des moments forts de prière, de célébration et de partage.

La tradition dit qu’après avoir été chassées de Palestine, où les premiers chrétiens étaient persécutés, Marie Jacobé, Marie Salomé et leur servante Sara, se sont échouées sur les côtes de Camargue où elles ont ensuite vécu. Sur leur tombeau, une église fut bâtie et les Saintes-Maries de la Mer devinrent un lieu de pèlerinage particulièrement cher au cœur des Camarguais et des Gens du Voyage, qu’on appelle aussi, selon les pays d’où ils viennent, Gitans, Manouches, Yéniches, Roms, Sintés ou Travellers.

Pour Joseph, yéniche de Suisse, venir aux Saintes « c’est une occasion de se retrouver, de faire la fête ensemble, de parler et de connaître des voyageurs d’autres pays que nous n’aurions pas d’autres occasions de rencontrer. Cela resserre les liens au sein de notre communauté. Mais surtout, nous y allons pour prier Sainte Sara, pour la porter jusqu’à la mer pendant la procession. Elle nous porte chance et nous apporte du bonheur pour toute l’année. Et lorsqu’on ne peut pas y aller, on pense à elle, on sait qu’elle est là-bas, qu’elle attend. »  

Ambra, une jeune Voyageuse venue d’Italie, a fait des Saintes-Maries de la Mer le point fixe de son existence changeante. « C’est l’endroit où je viens me ressourcer, ça me donne tellement d’énergie de prier ici. La vie de voyageur n’est pas toujours facile, le pèlerinage c’est aussi nos vacances, lorsqu’on est tous entre nous et qu’on peut faire la fête, loin des préjugés, des discriminations et des difficultés de la vie quotidienne ».

Le moment fort du pèlerinage est celui de la procession lorsque Sara est portée avec ferveur jusqu’à la mer, entourée des Gens du Voyage, des fidèles, des pèlerins, des arlésiennes en costume traditionnel et des gardians à cheval.  Bénie par l’évêque d’Arles, Monseigneur Dufour, la Sainte est immergée dans l’eau puis ramenée à l’église. Cela ravive peut-être sa magie, car la Reine des Gitans, Sara porte une couronne, a quelque chose qui va au-delà de son beau visage et de ses yeux en amande. « C’est une sensation difficile à expliquer, me dit l’un d’eux, il faut le vivre, mais lorsqu’on parvient à toucher ses vêtements, on ressent quelque chose, à l’intérieur ». Pour Nadia, « Cela ne s’explique pas, c’est comme ça, mais lorsqu’on est venu ici une fois, c’est comme un appel, on revient sans cesse, on ne peut pas s’en empêcher ».

Après cela les campings se vident et chacun repart avec, dans le cœur, une chanson qui résonnera encore longtemps sur les routes d’Europe.. « Sara, Sara, Sainte et amie, Sara, Sara, je t’en supplie, entends ma voix, ma voix qui prie.. »

 

Virginie Claret

Mai 2018