10 thèses concernant l'avenir de l'organisation et du financement de la pastorale des migrants en Suisse

       

Assemblée plénière de la RKZ à Aegeri, 23 mars 2012

         
1 La pastorale des migrants conçue comme une tâche permanente

La mobilité des individus à l'échelon international, les flux migratoires et la diversité culturelle marqueront la Suisse pour des temps indéterminés. Loin d'être «temporaire», la pastorale des migrants est désormais une tâche permanente de l'Eglise catholique en Suisse.

2 La pastorale interculturelle

Parce que cette pastorale ne s’adresse pas seulement à des «migrants/migrantes» et ne répond pas uniquement à des «nécessités linguistiques», il serait de loin préférable de parler de «pastorale interculturelle». Cette notion renvoie aussi à la «cohabitation» de membres de l’Eglise aux attaches culturelles différentes et à l’«interaction» indispensable entre eux en tant que signe qu’il n’y a pas «d’étrangers» dans l’Eglise.

3 Une grande importance numérique

Tant la population catholique résidante que l’effectif des collaborateurs pastoraux se caractérisent chez nous par une proportion très importante d’immigrés, qu’il s’agisse de ceux de la première génération ou de leurs descendants.

Quant au nombre des collaborateurs pastoraux venus de l’étranger, il est considérable non seulement dans les missions mais encore dans la pastorale «indigène».

  • Population étrangère catholique: 22%
  • Prêtres étrangers: 15%
4 Un répartition très inégale

Les catholiques issus de l’immigration sont répartis de manière très inégale en Suisse (en %).

Exemples:

  • GE: 42%
  • ZH: 29%
  • UR: 5%
5 Une organisation décentralisée

Au-delà des écarts statistiques, d’autres différences caractérisent les données de base: ville – campagne; allemand – français; origine des migrants et migrantes.

Une organisation et un financement décentralisés adaptés aux différentes situations locales permettent de répondre beaucoup mieux aux besoins.

6 La pastorale des migrants, c’est davantage qu’un budget

Les moyens mis en œuvre par l’Eglise catholique pour ses membres issus de l’immigration ne se résument  pas seulement au budget affecté à la pastorale des migrants.

Il faut tenir compte de l’ensemble des ressources à disposition de tous les membres de l’Eglise: églises et centres paroissiaux, enseignement de la religion, catéchèse, diaconie, etc.

7 Passer des critiques à l’estime

Ces dernières années, maintes organisations ecclésiastiques cantonales se sont penchées sur le sujet de la pastorale des migrants, cela souvent à la suite de critiques à l’endroit de son coût élevé et de la manifestation de «tendances séparatistes».

Nombre de ces discussions ont débouché sur un regain d’estime et une hausse des moyens financiers mis à disposition. L’information et la sensibilisation sont décisives.

8 Le problème du modèle «une mission par minorité linguistique»

Plus le nombre de communautés linguistiques augmente et plus la population catholique résidante tient de l’arc-en-ciel, et plus la barrière entre «indigènes» et «migrants» s’estompe. Face à une telle évolution, le concept «une mission par minorité linguistique» se révèle toujours plus problématique.

Ce concept coûte cher, favorise le «séparatisme», la méconnaissance mutuelle et les préjugés plutôt que d’inciter à nourrir des contacts.

9 Investir dans le «vivre ensemble»

La création de «missions» et des infrastructures qu’elle implique donne le sentiment «d’être chez soi» mais aussi «de jouir de droits aquis». Les migrants s’organisent entre eux tandis que les indigènes n’ont pas besoin de s’en préoccuper dans la vie ecclésiale quotidienne.

Vouloir favoriser la cohabitation nécessite des investissements, à savoir du temps, de l’imagination pastorale, des compétences interculturelles, de l’argent et de l’énergie. Il faut un poste budgétaire et, dans la pastorale, un axe «pastorale interculturelle» fort.

10 Adapter les structures ne suffit pas

Ces dernières années, d’importantes modifications sont intervenues dans l’organisation et le financement du secrétariat et des tâches nationales de migratio: transfert d’activités aux régions, mise sur pied d’égalité des missionnaires avec les collaborateurs pastoraux indigènes s’agissant des conditions de travail et de salaire, intégration du secrétariat de migratio au sein de celui de la CES et prise en charge du financement des tâches nationales par le budget de la Conférence centrale.

Mais les changements opérés dans les structures n’ont pas été accompagnés, comme il l’aurait fallu, d’évolutions dans les cœurs et les représentations mentales.

Vision: migratio conçue comme un «avocat» de la pastorale interculturelle

A l’avenir, il y aura lieu de travailler à ce que migratio troque son rôle de «défenseur» de la pastorale des migrants et de son budget pour celui, fondamental, d’«avocat» de la cohabitation entre tous les catholiques, par-delà les barrières de langues, de nationalités et de cultures.

La mission de la Conférence centrale consiste dès lors à créer les conditions favorables à une telle évolution.

 

Zurich, le 22 mars 2012                                                                                                Daniel Kosch