28.06.2019

Message des Evêques suisses 2019

 

 

29 septembre 2019

 

« Il ne s’agit pas seulement de migrants »

 

Chers frères et sœurs,

« Il ne s’agit pas seulement de Migrants »

En choisissant ce thème pour la journée mondiale du migrant et du réfugié, le Pape François met l’accent, une fois de plus, sur une des orientations majeures de son pontificat. Que d’appels répétés en faveur des migrants, des réfugiés, des personnes déplacées et des victimes de la traite d’êtres humains ! Il nous demande de partager sa profonde préoccupation pour tous les habitants des périphéries existentielles. Celui qui a faim, qui a soif, l’étranger, celui qui n’a rien pour se vêtir, le malade, le prisonnier qui frappe aujourd’hui à notre porte, c’est Jésus lui-même qui demande qu’on le rencontre et qu’on lui vienne en aide.

Cependant, le message de cette année comporte une originalité inscrite dans le titre lui-même. S’il ne s’agit pas seulement de migrants, alors de qui d’autres ? Sans détours, le message donne une clé de lecture explicite : il s’agit de vous et de moi. Il s’agit de chacun de nous, de nous tous, de nos peurs, de nos espérances. L’interrogation se poursuit. De quelle façon Dieu nous encourage-t-il et nous invite-t-il ? Qui sommes-nous en train de devenir ? Quel type de société sommes-nous en train de préparer pour ceux qui viendront après nous ?

Le migrant, le réfugié n’est pas là pour nous faire peur. Pourtant il réveille souvent des peurs enfouies, des peurs réflexes. La présence des migrants, des réfugiés nous décentre de nous-mêmes. Elle est là comme un appel, comme une invitation permanente que la foi chrétienne ne cesse d’activer pour nos mémoires oublieuses : tout homme est un frère. Et le migrant qui est un frère m’aide à mieux me comprendre, à mieux me connaître moi-même. Tout comme l’Évangile pour le chrétien, le frère me renvoie une image de moi-même, à la manière d’un miroir. Pourquoi le frère ferait-il peur ? Peut-être, comme l’indique le message du Pape, « parce qu’il manque une préparation à cette rencontre [1]. » Si la simple présence du migrant éveille nos peurs, osons les regarder en face et les déjouer en nous appuyant sur l’expérience et l’enseignement de l’Évangile. Quel est cet homme qui vient par la mer ? « N’ayez pas peur, dira Jésus, c’est moi » (Mt 14,27). L’élargissement de la réflexion du Pape nous oblige de considérer la question de la migration, non pas en soi, détachée de nos enracinements humains et chrétiens. Il importe d’aborder cette question en profonde résonance avec ce qui fait notre culture, notre identité. Du plus largement humain au plus spécifiquement chrétien son propos va se décliner sous de multiples aspects, ainsi chaque être humain pourra s’y reconnaître et trouver sa juste place.

Il ne s’agit pas seulement de migrants : il s’agit de notre humanité ; Il s’agit de toute la personne et de toutes les personnes ; et encore il s’agit de n’exclure personne ; il s’agit de charité ; il s’agit de mettre les derniers à la première place ; il s’agit de construire la cité de Dieu et de l’homme. Chacun de  ces paragraphes nous amène à comprendre en finale que « ce n’est pas seulement la cause des migrants qui est en jeu, ce n’est pas seulement d’eux qu’il s’agit, mais de nous tous, du présent et de l’avenir de la famille humaine [2] » Si le phénomène migratoire est un signe des temps, saurons-nous le lire à sa juste hauteur de signification, plutôt que de pointer du doigt migrants, réfugiés, demandeurs d’asile pour les considérer comme responsables de chaque problème qui touche nos sociétés.

Dans la perspective de la Journée qui leur est consacrée, le Pape invitera à une Eucharistie spéciale les migrants, les personnes déplacées avec les organisations qui les accompagnent, sur la place Saint Pierre. Son geste pourrait inspirer le nôtre ! Ce serait un pas marqué en direction d’une détermination à réagir à la lumière de l’Évangile. En effet, cet évangile du Christ nous le montre auprès des petits, des pauvres. N’auront-ils toujours droit qu’aux miettes du banquet (cf. Lc 16, 19-21) ? Dès sa première Exhortation, le Pape François nous formulait déjà le souhait d’une ‘Église en sortie’ qui sache « prendre l’initiative sans crainte, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus » (Evangelii Gaudium, n. 24).

 

 

                                           ✠ Jean-Marie Lovey

                                           Évêque de Sion

[1] Pape François, Homélie, Sacrofano, 15 février 2019

[2] Message du Pape François pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié 2019