Ouchy 2018

Mediencommuniqué | 26.11.2018

Ouchy 2018, une rencontre entre Gens du Voyage et Sédentaires

Le contexte : un évènement culturel.

A Ouchy, entre le 15 et le 25 juillet 2018, s’est tenu un évènement culturel d’importance :

la place de stationnement des bords du Léman a accueilli environ une cinquantaine de caravanes de Gens du Voyage de Suisse, dans le but de faire connaître leur mode de vie itinérant, de provoquer une prise de conscience civique en organisant un débat avec des Conseillers d’Etat de plusieurs cantons (Vaud, Berne, Neuchâtel) ou de leur représentante (une médiatrice du Tessin), des politiciens, des personnes engagées dans diverses associations de défense des droits civiques des Yéniches et des Sinti de Suisse.

Une messe.

Or le dimanche a eu lieu une eucharistie, présidée par le curé modérateur de la paroisse du Sacré-Cœur à Lausanne, sur le territoire de laquelle se trouve la place d’Ouchy. Ancien rachaï, l’abbé Vincent Roos avait participé il y a quelques années à la pastorale des Gens du Voyage, tant en hiver qu’à plusieurs pèlerinages de l’été à Einsiedeln. Le 22 juillet dernier, l’Abbé Vincent a supprimé les 2 messes paroissiales de 9h et 11h, et exhorté ses fidèles à participer à l’unique eucharistie de 10h, qui rassemblerait sur la place Sédentaires

et Voyageurs. Le baptême d’une petite Voyageuse de 4 mois allait embellir encore la célébration.

Fidèle à lui-même, l’abbé Vincent accueille joyeusement chacune des 2 communautés, harangue, secoue, interpelle les uns et les autres, encourage, imagine un avenir où tous se rencontreront dans le respect et l’intérêt réciproques. La liturgie est menée par la « chorale yéniche », dont les chantres sont tous des Voyageurs. Sylvie, qui les guide, a composé nombre de chants, paroles et musique, dans sa culture. L’ensemble est donc festif, vivant, joyeux, et cela fait du bien à tous.

Parmi les personnes qui peuvent créer des liens figure aussi Sœur Pia de Lausanne, membre de l’Aumônerie catholique suisse des Gens du Voyage depuis plusieurs années, et amie de la paroisse du Sacré-Cœur et de ses fidèles.

Le rôle de l’Eglise.

Une messe : quoi de plus rassembleur ? – Tous baptisés dans l’Eglise du Christ, voici comme une pré- figuration d’un avenir plus harmonieux.

Car travail il y a, et les organisateurs de cette place

« culturelle » d’Ouchy, n’étaient pas enchantés, les jours précédents, du relatif manque d’intérêt de la part des passants venus se rafraîchir sur les bords du lac, et relativement peu enclins à s’ouvrir à l’autre monde.

Question de mentalité ? – plusieurs Yéniches pensent que pareil évènement en Suisse alémanique suscite en général plus d’affluence et de rencontres.

Ici encore, l’Eglise peut donc faire œuvre magnifique de bâtisseuse de ponts, jusqu’à que la société civile

assume sa pleine responsabilité à l’égard de sa minorité nationale.

Conditions du succès d’une rencontre entre deux communautés. A quoi tient le bon déroulement d’une telle rencontre ?

D’abord, que le même prêtre soit, à la fois, curé d’une paroisse sédentaire (territoriale) et rachaï (dans le cadre de l’Aumônerie, paroisse non-territoriale au sens du droit canon), cela peut faciliter. Ce fut aussi le cas lors d’une mémorable rencontre à la paroisse catholique d’Yverdon, en l’été 2006, où l’abbé Martial Python réunissait lui aussi en sa personne la double appartenance, à la fois comme curé de la paroisse, et comme rachaï auprès des Voyageurs.

Ensuite, que les deux communautés en présence aient toutes les deux un cadeau à apporter à la célébration commune : la participation de la petite baptisée et de sa famille engagée, et les chants, pour les uns ; pour les autres le désir de se déplacer jusque sous la tente du bord du lac, et, du coup, de renoncer à certaines habitudes, de s’ouvrir, peut-être de se laisser surprendre.

L’éclairage des papes François et Jean Paul II.

C’est bien ainsi que dans le message du Pape François du 15 août 2017, à l’occasion de la journée mondiale du migrant et du réfugié, le 4e verbe, « intégrer », a trouvé une réalisation concrète, même si elle fut modeste, à Ouchy. En effet, dit le texte de François, qui reprend les propos de Jean Paul II du 24 novembre 2004 : (…) l’intégration n’est pas « une assimilation, qui conduit à supprimer ou à oublier sa propre identité culturelle. Le contact avec l’autre amène plutôt à en découvrir le ‘secret’, à s’ouvrir à lui pour en accueillir les aspects valables et contribuer ainsi à une plus grande connaissance de chacun. Il s’agit d’un processus de longue haleine, qui vise à former des sociétés et des cultures, en les rendant toujours davantage un reflet des dons multiformes de Dieu aux hommes. »

Illustration.

Afin de donner corps aux propos de ces deux papes, écoutons Patrick Birchler, Voyageur et rassembleur :

« ce que j’ai particulièrement apprécié dans cette messe, dit-il, c’est que le rachaï a parlé à cœur ouvert, à Bible ouverte, sans même avoir besoin de lire le texte, avec ses mots à lui, avec ses émotions, Et nous, nous nous sommes reconnus dans ses paroles, ses émotions, et aussi nos jeunes : tous étaient intéressés, et il n’y a eu que des retours positifs. C’était simple et direct : l’ambiance en général ; le baptême bien sûr ;

tout, quoi ! Et les chants ?! Ils s’améliorent, et ça fait plaisir ! »

Cette expression de s’être senti rejoint, de la joie, si spontanée et immédiate, qui en découle, est sans doute le cadeau essentiel que peut nous offrir la communauté yéniche : gageons que c’est enrichi de ce beau moment – à la fois fugace, insaisissable, léger et profond, -, que chacun a continué de goûter la grâce de ce dimanche estival !

Fribourg, le 12 septembre 2018/am